mercredi 25 avril 2007

Geste des Terres Amères, Acte I


Bonsoir Gentes Dames et Tristes Sires! Ce soir à l'ombre du marronier Samaël peint devant vos yeux une toile aux allures sombres et mélancoliques! Ecoutez, Ecoutez le chant qui résonne en ces terres ce soir...

Rêves et des Rêves

I

Auréolée d’un nuage de fumée,

Couronnée tel un vieux roi oublié,

Se dresse la cité nimbée de brume,

Engoncée dans un écrin d’amertume,

Parmi les gargouilles aux âmes de pierre,

Et les fières ruines témoins d’une autre ère,

Je réside, seul parmi ces mornes monuments,

Je regarde s’accumuler la poussière et le temps,

Au cœur de ces lambeaux d’architecture sublimes,

Mes sens s’égarent dans une étrange abîme,

Je parcours des doigts ces immuables pierres mortes,

Ecoutant le chant nostalgique que le vent porte.

Où sont donc les hommes des ages glorieux ?

Ceux pour qui le monde était merveilleux,

Empli de fées, d’elfes et d’êtres ailés,

Vivant autrefois parmi ces tours jadis dressées,

Ces flèches aujourd’hui abattues telle la magie,

Elle aussi dévorée par les guerres et l’oubli.

Où sont donc partis mes frères aimés ?

Alors que je vogue au gré des écueils du passé,

Mon navire de souvenirs et de cendres,

Tourmenté par les vagues qu’il devrait fendre,

Ainsi que par des tempêtes de sentiments,

Jusqu'à m’échouer sur un péril encore plus grand,

Un nom qui finit d’éventrer mon esprit déjà ébréché,

Ton nom, gravé sur une pierre moussue et délabrée.

Car cette cité a cessée d’exister depuis que tu n’es plus,

Son doux chant au diapason du tien s’est tu.

II

C’est alors que j’ai envahit cet endroit,

Faisant fuir la douleur et déchaînant le froid,

Créant ainsi sur le marbre de ton ultime résidence,

Un autel au centre du temple de mes souffrances,

Je me suis lamenté, j’ai pleuré, j’ai hurlé,

Mais surtout de mes cris cette ville j’ai hanté,

Je suis devenu l’abhorré de tout ce qui vit,

Faisant fuir les fées en amenant la pluie.

Désormais je suis seul avec toi,

Dans cette cité brumeuse que nul n’aperçoit,

Condamné à me tourmenter sinistrement,

Mêlant éternellement tes cendres a mon sang.

Et le regard des visages de pierres mortes,

Et les accusations que le vent porte,

N’effacerons pas la peine, je resterai là,

Jusqu'à finalement voler en éclats,

Que mon corps et mon âme s’effritent,

A force d’user mes pas sur le granit,

Pour finalement en poussière dorée s’évaporer,

Glisser, vers des lambeaux d’étoiles oubliées.

J’oublierai alors la cité des disparus,

Rendant son silence éternel à ses rues,

Car je serai devenu de nouveau Aubéron,

Et Titania à jamais restera ton nom.



Texte De P. Rameau
Peinture de
Sir John Everett Millais, La mort d'Ophélie.

2 commentaires:

Format Poche a dit…

6eme fois que je lis ces mots ce soir
et 6 eme fois que je me questionne : comment parviens-tu à en lier d'aussi reculés, d'aussi grands, par des liens plus grands encore, pour en faire une émotion, une complainte, encore et encore plus grande...?
Bref, bien grand tout ça. Et moi qui jongle avec les petits, les quotidiens, les un peu fannés, j'ai du mal à leur donner le parfum de ce que je ressens face à ça.
Ouaip, c'était le mini roman du soir, bonsoir!

Format Poche a dit…

9eme.
c'est du suicide.
Barjavel n'a qu'à bien se tenir....